Paru dans le Dauphiné au début des années 90:
Lextrait : faux extrait
Devant le patronyme que nous présente une lectrice valentinoise, Lextrait, une tentation est grande : ne s'agirait-il pas de « l'extrait » ? Mais, si oui, comment interpréter cet éventuel surnom ? extrait d'un acte ? extrait d'un discours ? extrait sec ?
En fait, il s'agit bien d'un surnom. Mais celui-ci n'a rien à voir avec le mot « extrait ». On a confondu le patronyme avec ce mot. Et la fausse analogie a entraîné une orthographe erronée.
Primitivement, le nom de famille a dû être Lestreit ou l'Estreit. On reconnaîtra l'adjectif « estreit », étroit. Mais c'est plutôt le nom « estreit » qui doit expliquer notre patronyme. L'ennui est que ce substantif a pu désigner des lieux bien différents, encore que tous caractérisés par la notion d'étroitesse. En effet, « l'estreit » a pu nommer un champ étroit, tout en longueur, mais aussi un chemin resserré, un défilé. Il a aussi pu s'appliquer (souvent au pluriel) au « travail à ferrer » dispositif généralement en bois où l'on attachait les bêtes, particulièrement les bœufs, pour les ferrer. Cet appareil se dit ordinairement « enchastre » ou « mestier » dans le Bas-Vivarais. Mais, souvent « estreit » (ou « eitreit ») était employé dans la moitié septentrionale du département.
Or, Lextrait est un patronyme qui, d'après l'annuaire, semble particulièrement connu dans le canton du Cheylard (Dornas, St Genest Lachamp, Le Cheylard) et surtout dans celui de St Pierreville (Albon, Beauvène, St Etienne de Serre, St Sauveur de Montagu, St Pierreville). Il est donc bien possible que ce patronyme se réfère à l'utilisateur de travail à ferrer ou à la maison qui était proche de cet appareil. Mais on ne saurait écarter d'autres possibilités un terrain en longueur ou l'endroit où le chemin devient très étroit.